Vocation : auteur - Entretien avec Sophie Billard-Autret

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Bannière de présentation du podcast Vocation : auteur d’Hachette Éducation Épisode 1 : Entretien avec Sophie Billard Autret

Dans ce premier épisode du podcast Vocation : auteur, partez à la rencontre de Sophie Billard-Autret, professeure des écoles à Toulouse et auteure de “Mes Cahiers d’écriture” aux éditions Istra. Quel sens cherche-t-elle à donner à ses créations éditoriales ? Quelles pédagogies met-elle en place ?

 

Être auteur de manuel scolaire, c’est aussi être enseignant et penser aux stratégies pédagogiques qui favoriseront l’apprentissage des élèves. C’est pour comprendre ces mécanismes qu’est né le podcast Vocation : auteur.

 

Pascale Joly, déléguée pédagogique chez Hachette Éducation, s’est entretenue avec Sophie Billard-Autret afin d’en apprendre un peu plus sur son parcours et la quête de sens qui la guide dans la création de ses cahiers d’écriture « Mon Cahier d’Écriture » en CP et CE1 chez Istra.

 

 

Le premier épisode est aussi disponible sur différentes plateformes d’écoute en streaming.

 

Pascale Joly : Pour vous introduire, vous avez choisi le morceau la Moldau de Smetana, pouvez-vous nous en dire plus ?

Sophie Billard-Autret : C'est un morceau plein d'entrain qui évoque une rivière, pour ce compositeur et pour moi. C'est le parallèle avec la vie, qui est une rivière qui avance, qui s'écoule. Ce côté très entraînant du morceau me rappelle qu'on a des enfants qui nous sont confiés et qui sont des rivières qui vont grandir, et au fil de leurs rencontres se transformer. Donc on essaie d'être de belles rencontres dans leur vie.

 

PJ : Vous enseignez depuis 16 ans maintenant, qu’est-ce qui a suscité cette vocation d’enseignante ?  

SB : Je suis entourée de parents professeurs et d'une tante, professeure aussi, qui a vraiment l'amour du métier, qui était très aimée de ses élèves. C'est ce côté relationnel très positif entre enseignants et élèves qui m'attirait et à la fois je m’opposais un peu au professeur de collège qui ne voit ses élèves que par morceaux, qui a une vision morcelée de l'enfant. Ainsi je voulais vraiment à la fois être utile et apprendre des choses vitales à mes élèves - Pour moi, ce sont les apprentissages du primaire qui le sont - et avoir cette vision complète de l'enfant en l’ayant toute la semaine et pas qu'une heure de temps en temps.

 

PJ : Quel type d’élève étiez-vous ? 

SB : En primaire, assez sage je pense. Au collège, un peu plus turbulente, un peu plus affirmée et dans la volonté de m'opposer au professeur ou d’énoncer une opinion contraire.

 

PJ : Un comportement plutôt adolescent en somme. Si vous aviez un ou deux livres à citer, personnels ou professionnels, quels seraient-ils ? 

SB : J'aime beaucoup l'écriture pleine d'humour que je trouve dans Jane Austen, dans “Orgueil et Préjugés” par exemple, mais également chez Virginie Grimaldi, plus contemporaine, dans “Il est grand temps de rallumer les étoiles”, que j'adore.

Au niveau professionnel, le livre qui m'a marquée c'est “Et tous les enfants peuvent réussir”, d’Antoine de la Garanderie, avec cette vision très positive sur l'enfant, quelles que soient ses difficultés, et la confiance que l'enseignant doit porter sur ses capacités, au-delà de ses réussites ou de ses échecs scolaires.

 

PJ : Qu’avez-vous le plus à cœur de transmettre à vos élèves au travers de votre enseignement ? Quelles valeurs souhaitez-vous leur inculquer ? 

SB : Alors tout d'abord, en tout premier, ça serait vraiment la confiance en soi. Je trouve qu'ils en manquent de plus en plus, même si on a l'impression que certains en ont, en fait, en grattant un peu ils sont fragiles derrière cette apparente fanfaronnade. Beaucoup ont très peu confiance en eux. En CP, ils copient beaucoup sur les voisins, ils n’essayent pas par eux-mêmes.

Je voudrais leur transmettre la confiance en soi, la bienveillance, l'entraide, avec le côté travail d'équipe que j'essaye de mettre en avant - notamment par les projets théâtre que je mène depuis que je suis enseignante. En dehors de ma période en maternelle où j'avais fait une pause, j'ai toujours fait des projets théâtre.

 

PJ : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces projets théâtre ? 

SB : Je trouve que ça développe vraiment la confiance en soi parce que l'enfant se sent nécessaire : on ne peut pas se passer de lui. Il a un rôle et il y a un moment où les projecteurs seront braqués sur lui, donc on a besoin de lui. Il est vraiment vital, ça ne peut pas être un enfant qu'on oublie au fond de la classe parce qu’il est sage et parce que tout roule pour lui. J'essaye, dans la distribution des rôles avec mon intervenant, de rééquilibrer un peu les forces et de donner des grands rôles aux timides et des plus petits rôles à ceux qui sont à l'aise. Ceux qui sont à l'aise apprennent ainsi à écouter les timides et ces derniers se rendent compte qu'ils peuvent avoir autant d'importance et de place que les autres. Souvent, les parents sont assez surpris de découvrir leurs enfants comme ça le jour du spectacle et c'est ma plus grande joie.

 

PJ : Belle pratique. Quelles sont vos plus belles victoires ? Est-ce que vous avez quelques exemples à me citer ? Des victoires récentes que vous avez eues dans votre classe avec vos élèves ?

SB : Je pense à une petite fille qui était en difficulté de lecture avant le confinement et qui, au retour du confinement, savait lire, savait décoder sans problème, de manière fluide. La compréhension n’était pas parfaite, mais cette grosse progression en 3 mois de confinement était vraiment bluffante. Cela a été pour moi une belle réussite qu'elle ait pu faire ce bond là car les parents m'ont dit que c'était grâce aux vidéos journalières que j'avais envoyées. Je faisais ma séance de lecture, je me filmais, et les enfants avaient donc leur maîtresse à la maison, pour que les parents soient déchargés le plus possible de ce côté très contraignant de l'enseignement à domicile.

Grâce à cela, cette petite fille a réécouté mes vidéos plusieurs fois, et ça a réussi à lui faire apprendre à lire. Je pense que la couper des distractions, du bruit et du groupe a aussi joué. Mais ça m'a vraiment fait réfléchir sur le principe de l’école inclusive, puisque cette petite fille était porteuse de handicap : en fait, elle était incluse, mais pas dans les bonnes conditions pour que ça marche. Une fois qu'on a mis l'environnement qu'il fallait - une maîtresse presque dédiée, cela a vraiment décuplé ses capacités.

Je ne suis pas en train de dire qu'il faut l'enlever de l'école, ce n’est pas du tout ça, mais cela me fait réfléchir sur le fait que l'inclusion, parfois, peut provoquer de la culpabilité chez les enseignants : on se dit qu’on n’arrive pas à gérer cet enfant, à l'amener où il faut, à le faire progresser comme il faut. Finalement, en changeant juste certaines conditions de travail ; le confinement m'y a forcée ici, cela fonctionne. Il faut parfois se remettre en question.

 

PJ : Quelles sont vos pratiques pédagogiques ? Celles qui vous tiennent le plus à cœur ?

SB : Au cours de ma formation initiale et continue, j'ai découvert plusieurs pédagogies différentes qui m’animent encore aujourd'hui et qui nourrissent ma pratique quotidienne. Par exemple, la gestion mentale, ou métacognition, qui est le fait d'apprendre à l'élève comment apprendre, de lui faire découvrir son système d'apprentissage et donc avec les 5 gestes mentaux, de l'aider à être attentif, à réfléchir, à comprendre, à s'interroger, à mémoriser. Cela me nourrit dans ma pratique, de même que la pédagogie Montessori, avec le côté manipulation que je sentais vital et qui est souvent absent de nos manuels ou de nos supports. J'ai donc remis ça à l'honneur, même s’il ne faut pas réduire cette pédagogie au matériel. Je suis vraiment revenue aux écrits de de Maria Montessori, qui a un regard très positif sur l'enfant. Il y a toute une pensée éducative derrière qu'il ne faut pas négliger si on veut l'appliquer. J'ai ensuite découvert les Octofun qui sont un peu une synthèse de plusieurs pédagogies : la gestion mentale, les intelligences multiples et la psychologie positive. Ce sont les trois choses qui me tiennent à cœur, qui m'animent et qui m'ont fait réorganiser ma classe, changer un peu... Cela n'a pas bouleversé ma pratique, mais ça la parsème de petits détails qui, mis bout à bout, sont importants et rendent les élèves plus acteurs, plus en réussite.  Cela permet aussi de les mesurer selon des échelles plus larges que la norme de notre système éducatif qui ne les évalue souvent que sur l’intelligence des mots, des nombres et de logique. Avoir ces huit formes d’intelligences en tête permet de toutes les nourrir et de les évaluer. Les chanteurs célèbres disent bien qu'ils s'ennuyaient et qu’ils étaient tristes à l’école et qu'ils se sont sentis libérés le jour où enfin ils ont pu révéler leur intelligence sonore, musicale. C’est pour moi une lacune dans notre système. Il ne faut pas réduire l'enfant à ce qu'on nous demande d'évaluer. Il faut se dire qu'il a d'autres richesses en lui qui ne demandent qu'à s’exprimer.

 

Mon cahier d'écriture - éditions Istra - Sophie Billard-Autret

PJ : Justement vous avez publié « Cahiers d’écriture », pour le CP et le CE1. En quoi ces cahiers d’écriture se raccrochent-ils à ces nouvelles pratiques ? Qu’est-ce qui le différencie des autres et quel sens donnez-vous à ce projet ?

SB : C'est effectivement un support qui me faisait défaut : j'avais des cahiers d'écriture, mais j'étais obligée de de moduler, d'agrémenter, de rajouter des éléments qui me manquaient pour que les enfants soient vraiment en réussite. Le côté manipulation avec le matériel qui est associé à ces cahiers me tient à cœur, avant de passer à l'entraînement simple et répétitif d'un geste graphique. Il y a un côté manipulation dans l'espace par le corps, par le geste, par la verbalisation, par la sensation vraiment kinesthésique avec par exemple le tracé dans la semoule. Avec ce matériel, je voulais vraiment mettre à l'honneur la manipulation.

Il y a aussi un côté très progressif du support puisqu’avec le lignage coloré qui est dans ces cahiers on aide l'enfant. Avant, je repassais en fluo les interlignes dans les cahiers de mes élèves parce que certains ont besoin de ce repère visuel pour produire un tracé qui respecte l'interligne. Dieu sait que dans notre vie, même si on est sur les ordinateurs, on a besoin d'être lisible jusqu'en terminale et même après. Ils auront des examens où ils vont répondre par écrit, donc il faut avoir une écriture claire, lisible et rapide. Avec ces cahiers le but est vraiment d'enseigner de cette manière-là à l'enfant et de le mettre en réussite avec un côté très progressif. J'ai tous les ans dans ma classe des enfants qui arrivent avec un niveau en deçà de ce qui est attendu en graphisme. Par ces cahiers, j'espère pouvoir satisfaire tout le monde : ceux qui pourront le moins feront le début de la page, ceux qui seront capables de plus iront jusqu'à la fin de la page et au-delà, avec les photofiches. C'est ce côté différencié de l'apprentissage qui est recherché.

 

PJ : Si vous deviez donner 2 ou 3 clés à transmettre à vos élèves pour leur vie future, quelles seraient-elles ?

SB : On revient à mon cheval de bataille, la confiance en soi : qu'ils aient conscience de toutes les richesses qu’ils ont en eux et qu'ils aient le goût de l'effort pour travailler et se donner, mais dans tous les domaines. Je voudrais qu’ils ne se laissent pas enfermer dans un profil ou dans une difficulté, mais essayent de développer toutes leurs richesses pour accomplir leurs rêves : ne pas renoncer à leurs rêves.

 

PJ : Et puis pour finir votre citation préférée, vous en avez deux je crois ? Quelles sont-elles et pour quelle raison les avez-vous choisies ?

SB : Vous allez vite comprendre. “L'enfant n'est pas un vase que l'on remplit, mais une source que l'on laisse jaillir” de Maria Montessori. C'est en lien avec la pédagogie, la rivière : ne pas vouloir gaver nos élèves, mais les laisser s'exprimer. Et ils ont plein de choses aussi à nous apprendre. Il n’y a pas que nous qui leur enseignons les choses, c’est dans les deux sens. L'autre citation, c'est une manière un d'avoir un regard sur mon métier : “Une manière de mesurer la pertinence d'un modèle éducatif est le niveau de bonheur d'un enfant” de Maria Montessori aussiParce qu’en tant qu'enseignant, on a quand même un cadre assez lourd et pesant certaines fois sur le programme, les pédagogies - celles qui ont la côte et celles qui l'ont moins, celles qui nous sont recommandées de faire et celles qui le sont moins... Je trouve qu’il faut se faire confiance pédagogiquement, et quand on voit comme seul critère le bonheur de nos élèves, généralement, ça guide correctement nos choix. C'est ce qui me guide un peu dans ma pratique

 

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