Certains élèves dys n’ont pas accès à une conscience phonologique et des capacités de mémoire de travail suffisantes pour découper les mots en phonèmes, ce qui impacte fortement le décodage. Pour les aider, on peut passer par l’assemblage syllabique qui s’appuie sur un découpage en syllabes à mémoriser plutôt qu’en phonèmes. Les jeux d’automatisation de lecture de syllabes sont également utiles pour rendre l’apprentissage ludique. Ils reposent sur la régularité : on propose aux élèves de jouer souvent au même jeu pour automatiser la lecture de syllabes. On retrouve ce principe de jeu dans la boîte de matériel Kit et Siam.
La lecture oralisée est un bon moyen de faciliter l’automatisation de la lecture : elle renforce le lien entre l’oral et l’écrit. On peut également favoriser la constitution d’un stock lexical orthographique par des exercices de copie, de copie différée, d’expression écrite ou encore de dictée. Il importe enfin de varier les supports de lecture pour consolider les acquis et maintenir la motivation des élèves (en leur proposant des jeux par exemple).
Les aides à l'encodage
Les élèves dys, notamment dysorthographiques, ont des difficultés à identifier les sons qui composent un mot et l’ordre de ces sons pour les transcrire. Pour le soutenir dans son apprentissage, on peut utiliser des aides visuelles :
- des mots à compléter avec des syllabes (mobiles ou non).
- des supports à remplir pour indiquer le nombre de syllabes et de phonème que contient le mot recherché.
- des syllabes mobiles pour construire des mots.
L’application La magie des mots est un bon moyen d’automatiser l’encodage : elle permet d’écrire des mots ou des phrases et d’entendre au fur et à mesure leur production.
Quelle aide à la mémorisation de l’orthographe peut-on mettre en place ? Pour Emilie Martin, on ne peut pas uniquement s’appuyer sur la correspondance grapho-phonémique pour transcrire les mots dont l’orthographe est irrégulière. Mais on peut essayer :
- des aides visuelles : des supports d’orthographes illustrés pour associer image et difficulté orthographique à mémoriser
- des aides kinesthésiques : écriture de mots les yeux fermés ou dans l’air pour forcer la représentation mentale du mot, solliciter la mémoire et aider à la constitution du stock lexical orthographique.
- des aides auditives : le canal privilégié de certains élèves ! On peut ainsi proposer des situations d’épellation de mots à l’endroit, à l’envers, etc.
- des aides sémantiques : fréquemment utilisées, il s’agit de moyens mnémotechniques comme “l’accent de la cime est tombé dans l’abîme”
- des aides morphologiques : il s’agit de construire des mots en étudiant les relations entre les mots d’une même famille. Ces aides s’appuient donc sur les préfixes, les suffixes, les mots dérivés d’un autre, le masculin-féminin…
Pour limiter la double tâche évoquée plus haut, il faut faciliter l’automatisation de l’encodage : si toute l’attention des élèves est mobilisée par la tâche de transcription, ils seront alors incapables de se concentrer sur le contenu de ce qu’ils veulent écrire. Il est donc important de varier les supports pour réinvestir les mots appris. Il peut s’agir de dictées de mots ou de phrases, de productions d’écrits. Voici quelques manières d’utiliser l’encodage :
- Le Scrabble : on produit des mots par le jeu
- Le Jeu du Portrait : un élève écrit des consignes qui sont reprises par un autres dans un dessin
- Les activités quotidiennes : une liste de courses, une invitation, une carte postale… sont autant de moyens de réinvestir les compétences de transcription
Quels aménagements prévoir ?
Il est essentiel de rappeler que chaque personne dyslexique ou dysorthographique est unique et que les manifestations de ces troubles peuvent varier considérablement d'un individu à l'autre. Il est donc crucial d'avoir une approche individualisée et adaptée aux besoins spécifiques de chaque élève. La mise en place de la différenciation est essentielle pour soutenir les élèves Dys
L’adaptation scolaire pour les élèves dyslexiques et dysorthographiques
En dépit des aides qui peuvent être mises en place, il persiste souvent un décalage important dans le niveau de maîtrise de la lecture et de l'écriture des élèves dyslexiques et dysorthographiques. Pour leur permettre de bénéficier des mêmes apprentissages que les autres, il faut alors mettre en place des moyens de compensation (souvent définis dans le PAP des élèves concernés). Alors comment, en tant qu’enseignant, compenser ces troubles ? Quelques conseils généraux :
- Donner les exercices les uns après les autres : cela permet d’éviter la précipitation. Françoise Clairet note par ailleurs que le fait de ne jamais terminer les tâches distribuées affectent grandement l’estime de soi.
- Réduire la quantité de travail : c’est plus utile que d’accorder du temps supplémentaire, cela évite de mettre l’élève dans une situation où il termine toujours en dernier.
- Réduire la quantité de travail par exercice : plutôt que de supprimer un exercice complet, cela permet de maintenir la flexibilité de compréhension des différentes consignes et de conserver la variété du contenu.
- Faciliter la réalisation des exercices : par exemple en utilisant des pictogrammes pour faciliter la lecture des consignes, ou en proposant des supports visuels (tableaux de conjugaison, tables de multiplication, etc)
- Adapter la forme des leçons pour faciliter la lisibilité, la compréhension et la mémorisation : on peut faire des phrases courtes, utiliser une présentation avec des tirets, illustrer le texte avec des dessins, ou encore mettre en exergue les mots clés pour faciliter la mémorisation
Lorsque l’on souhaite plus précisément à adapter les activités de lecture, plusieurs aménagements sont possibles :
- Des textes différenciés distincts, pour permettre aux élèves en difficultés de ne pas avoir à déchiffrer une version incomplète ou moins riche de la même histoire. Pour Françoise Clairet, cela permet de mettre en place des groupes de lecture, sans stigmatisation, où chaque groupe est actif et en position de narrateur de ce qu’il a lu.
- Une mise en page adaptée qui passe par :
- Une police facile à lire
- Une présentation la plus aérée possible avec un texte structuré en paragraphes et précédé d’un plan détaillé, ainsi que des repères visuels.
- Une unité de sens présentée sur une même page, c’est à dire un exercice ou un texte complet pour faciliter le balayage visuel
- L’usage réduit de l’italique, des présentations en colonnes ou des distracteurs visuels
- L’accès à la culture par d’autres supports que l’écrit, via des livres audio par exemple. Il ne s’agit pas d’éviter la difficulté de la lecture - il demeure essentiel d’aider les élèves à améliorer leur déchiffrage - mais d’éviter de leur faire subir la double peine en cumulant difficultés d’accès à l’écrit et stimulation intellectuelle.
Quels moyens de compensation pour les activités d’écriture ? Les autrices Emilie Martin et Françoise Clairet préconisent d’explorer plusieurs pistes :
- Privilégier l’interrogation orale
- Quand ce n’est pas possible alléger la quantité d’écrit dans les exercices en proposant de n’écrire que les mots cibles
- N’évaluer l’orthographe que lors des évaluations dont c’est l’objectif
- Fournir des banques de mots : un dictionnaire, un affichage, un carnet de mots dans lesquels l’élève va s’habituer à aller chercher l’information orthographique qui lui manque et utiliser ce stock de mots en classe pour produire de l’écrit avec le moins d’erreurs possibles et parallèlement mémoriser l’orthographe grâce à un usage fréquent des mots.
Pour les activités de phonologie, les exercices sont à adapter au niveau de l’élève. Si le niveau phonémique n’est pas accessible (et pour certains élèves il ne le sera jamais), on peut proposer de réaliser le même exercice au niveau syllabique (supprimer la syllabe initiale d’un mot au lieu du phonème initial par exemple).
Quels outils pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage ?
Il existe de nombreux outils dont l’usage peut être pertinent en classe. Toutefois l’expérience a montré à Emilie Martin qu’il convient de tester au cas par cas ces outils et leurs effets pour évaluer l’efficacité de leur utilisation sur les élèves concernés.